
— Une ferme !
— Oui, une ferme. Pas trop grande. Une centaine d’acres. Il faut simplement qu’elle soit située le plus près de la frontière du Canada. L’idéal serait évidemment que les terrains soient répartis entre les deux pays.
Malko commençait à comprendre. Il savait que les Russes avaient de plus en plus de mal à faire entrer aux USA des « illégaux » par les postes frontières normaux à cause des ordinateurs du FBI. Une ferme achetée par un agent de la CIA était évidemment une étape idéale. Il n’ignorait pas non plus les restrictions apportées aux déplacements des Soviétiques officiellement accrédités aux USA. Ils n’avaient pas le droit de s’éloigner de plus de vingt-cinq miles de New York ou de Washington, sans un préavis de quarante-huit heures, pas le droit de louer des voitures sans chauffeur ou des avions. Évidemment, chaque Russe n’était pas suivi vingt-quatre heures sur vingt-quatre par les hommes du FBI, mais ils se méfiaient suffisamment des sondages surprises pour ne pas prendre de risques.
— Et avec quel argent vais-je devenir propriétaire ?
Andropov eut un regard candide pour Malko.
— Mais, avec les 50.000 dollars d’Odessa.
Minute de silence. Le piège était refermé. Rien n’avait été oublié. Malko était décidément voué aux frontières. Le parc de son château de Liezen se trouvait en territoire hongrois et il faudrait au moins une nouvelle guerre pour lui faire récupérer ses terres.
— Vous avez bien compris ? demanda le Russe.
C’était plus une affirmation qu’une question.
Malko inclina la tête.
— Oui.
Il allait avoir au moins le temps de se retourner.
Le Russe tendit une main énorme et soignée :
— Partez le plus vite possible. Je vous téléphonerai dans trois jours. Mon nom de code est Martin.
— Ici ?
Le Russe sourit et ses yeux noirs se firent presque chaleureux.
