Dix ou vingt ans dans un pénitencier, au mieux, et au pire, l’Ordre de Lénine à titre posthume. Aller trouver la CIA et expliquer l’histoire ? La tentation serait trop forte pour les Américains de ne pas chercher à intoxiquer les Russes à travers lui. Il se trouverait pris entre trois feux. Il pouvait aussi ne pas bouger, attendre que les Russes mettent leur menace à exécution. C’était un coup de roulette russe. Ou ils bluffaient et il ne se passait rien. Ou ils ne bluffaient pas et il se trouverait un beau matin en face de tueurs qui ne lui laisseraient pas le temps pour des explications. Comme Cukurs. On pourrait toujours le réhabiliter après.

À titre posthume.

Le train stoppa pour trois minutes à Tarry Town. Quelques miles plus loin, c’était Ossining et la sinistre prison de Sing-Sing. Il jeta un coup d’œil autour de lui. Les voyageurs avaient tous la même tête fatiguée et banale. Ils rentraient chez eux après une longue journée de travail pour boire trois Martini et regarder la télévision.

Une seconde, Malko envia leur paix. Le danger et la mort l’attendaient dans sa villa de Poughkeepsie. Et, en fait d’épouse fidèle et aimante, il avait plutôt affaire à des serpents à sonnettes. Comme Sabrina qui faisait si bien l’amour en lui criant qu’elle n’aimerait plus jamais que lui…


* * *

Il arriva chez lui à la nuit après avoir repris sa voiture au parking de la gare. Il pleuvait à verse. Brusquement, sa petite villa lui parut sinistre. Après avoir mis sa voiture au garage du sous-sol, il examina chaque pièce, sans rien trouver de suspect. Il était nerveux et le moindre craquement le faisait sursauter. La pluie battait les vitres.

Dix minutes plus tard, le téléphone sonna. Il alla décrocher presque aussitôt.

Personne ne parla, mais il entendit aussitôt le déclic du récepteur raccroché.

Ça commençait.



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