
Avant de perdre connaissance, il entendit vaguement un bruit de porte.
CHAPITRE II
Quand il rouvrit les yeux, l’homme aux yeux noirs était seul. Il portait la cinquantaine, avait un visage couperosé, le nez en bec d’aigle et des cheveux noirs et frisés rejetés en arrière. Mais il semblait flotter dans un costume gris quatre fois trop large pour lui, horriblement mal coupé, avec des pantalons aussi larges qu’en 1925.
Assis sur une chaise, en face du lit, il braquait sur Malko un pistolet automatique de gros calibre.
— Où est Sabrina ? demanda Malko.
Il ne savait que penser. Barbouze de luxe à la CIA depuis pas mal d’années, il était habitué au danger. Mais là, il ne comprenait vraiment pas ce que lui voulait cet inconnu, ce que signifiait la disparition de Sabrina. Il esquissa un geste pour se redresser. L’inconnu leva son pistolet.
— Ne cherchez pas à vous enfuir, Rudi Guern, dit-il d’une belle voix de basse, en allemand. Vous avez vu que nous ne plaisantions pas.
— Qu’est-ce que vous dites ?
Complètement réveillé cette fois, Malko regarda l’homme pour voir s’il ne plaisantait pas. Mais l’arme était dirigée fermement contre son ventre nu et le visage de l’inconnu, sévère et compassé.
Gai comme un furoncle.
— Vous pouvez vous habiller, concéda-t-il. Mais lentement.
Malko ne se le fit pas dire deux fois. Pendant qu’il passait son pantalon, partagé entre la rage et l’inquiétude, il demanda :
— Qui êtes-vous ?
— Ce n’est pas vous qui posez les questions, Herr Rudi Guern, répliqua sèchement l’inconnu, dans un allemand parfait.
Il avait appuyé avec dérision sur le « herr ». Malko commençait à se sentir affreusement mal à l’aise. Dans son métier, il fallait toujours s’attendre à des surprises désagréables. Mais il n’avait aucune mission en cours et il se trouvait à New York. Le commissariat du 6e Precinct se trouvait à deux cents mètres et il pouvait faire envahir l’immeuble par une meute d’agents du FBI sur un simple coup de téléphone.
