– Oui.

– Je suis dans la situation d'Edmond Dantès au château d'If. Après des années sans apercevoir un visage humain, je creuse une galerie jusqu'au cachot voisin. Vous, vous êtes l'abbé Faria. Je pleure du bonheur de ne plus être seule. Nous passons des jours à nous raconter l'un à l'autre, à nous dire des banalités qui nous exaltent, parce que ces propos simplement humains nous ont manqué au point de nous rendre malades.

– Vous exagérez. Il y a le Capitaine que vous voyez chaque jour.

La jeune fille eut un rire nerveux avant de dire:

– Oui.

La visiteuse attendit une confession qui ne vint pas.

– Qu'allez-vous me faire? Allez-vous m'ausculter? Me donner des soins particuliers?

Françoise improvisa:

– Je vais vous masser.

– Me masser? Contre un risque de pleurésie?

– On sous-estime les vertus du massage. Un bon masseur peut faire refluer du corps toutes les humeurs toxiques. Tournez-vous sur le ventre.

Elle appliqua ses mains sur le dos de la pupille. A travers la chemise de nuit blanche, elle sentit sa maigreur. Certes, le massage ne servait à rien d'autre qu'à justifier sa présence prolongée auprès de Hazel.

– Pouvons-nous parler pendant que vous me masserez?

– Bien sûr.

– Racontez-moi votre vie.

– Il n'y a pas grand-chose à en dire.

– Racontez-moi quand même.

– Je suis née à Nœud où j'ai toujours vécu. J'ai appris le métier d'infirmière dans l'hôpital où je travaille. Mon père était marin-pêcheur, ma mère institutrice. J'aime vivre au bord de la mer. J'aime voir les bateaux arriver au port. Cela me donne l'impression de connaître le monde. Pourtant, je n'ai jamais voyagé.

– C'est magnifique.

– Vous vous moquez de moi.



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