— Je sais, je sais, fit Lezek. Il arriverait pas à trouver son cul avec ses deux mains. »

Ils considérèrent la silhouette au loin. Elle était tombée. Des pigeons s’étaient approchés en se dandinant pour l’examiner.

« L’est pas bête, remarque, fit Hamesh. Non, on peut pas appeler ça bête.

— Dame, c’est qu’y a un cerveau là-dedans, reconnut Lezek. Des fois, il s’met à réfléchir si dur qu’il faut y cogner sur le crâne pour qu’il fasse attention à nous. Sa mémé y a appris à lire, tu vois. M’est avis que sa tête a surchauffé. »

Morty s’était relevé pour se prendre les pieds dans sa robe.

« Tu devrais le mettre à un métier, dit Hamesh après réflexion. Prêtre, p’t-être bien. Ou mage. Ça lit beaucoup, les mages. »

Ils échangèrent un regard. Par leurs deux têtes passa furtivement une vague idée de ce dont Morty serait capable s’il mettait ses mains bien intentionnées sur un livre de magie.

« Oui, bon, se hâta de dire Hamesh. Autre chose, alors. Ça doit pas manquer, les métiers qu’il pourrait apprendre.

— Il commence à trop réfléchir, voilà le hic, dit Lezek. Regarde-le, tiens. Pour faire peur aux oiseaux, on réfléchit pas, on le fait. Un garçon normal, j’entends. »

Hamesh se gratta le menton d’un air songeur.

« Ça pourrait devenir le hic de quelqu’un d’autre », dit-il.

L’expression de Lezek resta la même, mais un subtil changement s’opéra autour des yeux.

« Comment ça, donc ? fit-il.

— Dans huit jours, y a la foire à l’embauche de Montmouton. Tu le mets en apprentissage, tu vois, et ça sera son nouveau maître qu’aura la tâche de lui enfoncer un métier dans le crâne. C’est la loi. On y est obligé quand on prend un apprenti. »

Lezek regarda à l’autre bout du champ son fils qui examinait un caillou.

« J’voudrais pas qu’y arrive quelque chose, remarque, hésita-t-il. On l’aime quand même, sa mère et moi. On s’habitue au monde.



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