Napoléon n'a pas répondu. Il est le Maître.

Plus tard, dans sa berline, il songe qu'il n'a pas eu depuis plusieurs années un tel sentiment de souveraineté, de domination de son destin, de pouvoir sur le sort des hommes et la vie des empires. Austerlitz est son vrai sacre impérial, comme, cinq années auparavant, le 14 juin 1800, après la victoire de Marengo, il avait eu la conviction que c'était cette bataille qui lui assurait son pouvoir de Premier consul, que tout eût été compromis s'il avait été vaincu dans les plaines d'Italie. Et qu'eût valu sa couronne d'empereur si, à Austerlitz, les Autrichiens et les Russes avaient défait la Grande Armée ?

Sa couronne eût roulé à terre.

Mais il a remporté la victoire. Il est le Maître. Et, à l'égal d'un Charlemagne, il peut, s'il le veut, modeler l'Europe à sa guise.

Il rêve. Il imagine. La voiture l'emporte vers Munich.

Il arrive dans la capitale de la Bavière le 31 décembre 1805. Il fait froid. Il pleut. La berline longe la façade austère du palais royal, que ne décore qu'une statue de la Vierge. Des soldats de la Garde ouvrent les portes de bronze et, à 1 h 45, la voiture pénètre dans le palais. Elle roule lentement, traverse les quatre cours, contourne les fontaines et s'arrête devant le perron qui donne accès aux appartements.

Des officiers se précipitent. Les dames de compagnie de l'Impératrice se tiennent au haut des marches.

Napoléon descend, regarde autour de lui. Il se souvient de la dernière lettre qu'il a écrite à Joséphine. C'était au palais de Schönbrunn, le 20 décembre. Tout était encore en suspens. L'Autriche examinait les clauses du traité. Napoléon avait tracé pour Joséphine quelques lignes de son écriture hachée :

« Je ne sais ce que je ferai : je dépends des événements ; je n'ai pas de volonté ; j'attends tout de leur issue. Reste à Munich, amuse-toi ; cela n'est pas difficile lorsqu'on a tant de personnes aimables et dans un si beau pays. Je suis, moi, assez occupé. Dans quelques jours je serai décidé.



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