
Mais il le faut. D'autres enfants sont nés : Lucien en 1775, Marianna Élisa en 1777. Puis viendront Louis (1778), Pauline (1780), Marie Annonciade Caroline (1782) et Jérôme (1784).
Certes, les Bonaparte et les Ramolino ne sont pas pauvres. Ils possèdent trois maisons, des vignes, la propriété de Milelli et les terres de la Pépinière, un moulin, des biens-fonds à Ucciani, à Bocognago, à Bastelica. Ils ont de l'influence. Leurs familles constituent un véritable clan. Mais il faut penser à la carrière des enfants, tenir son rang dans la noblesse de ce royaume dont désormais la Corse fait partie.
Joseph serait donc prêtre, et Napoléon soldat.
M. de Marbeuf promet pour Joseph un des « bénéfices ecclésiastiques » dont dispose son neveu Yves Alexandre de Marbeuf, évêque d'Autun. Quant à la bourse de Napoléon pour une école militaire, il la confirme.
Le 15 décembre 1778, l'enfant de neuf ans et demi embrassait sa mère et ses proches. Il se tenait entre son père, fier et élégant, qui se rendait une fois de plus à Versailles pour apporter les vœux de la noblesse corse, et son frère Joseph. Partaient avec eux Joseph Fesch, le beau-frère, qui allait poursuivre ses études au séminaire d'Aix, et le cousin Aurèle Varèse, nommé sous-diacre de l'évêque de Marbeuf.
Pas de larmes chez l'enfant.
Il embarque et, sur le navire qui cingle vers Marseille, il regarde la Corse s'effacer. Longtemps après qu'elle a disparu, il respire encore les parfums de sa terre, de sa patrie.
C'est à elle qu'il songeait, la bouche béante, les yeux fixes, dans la salle d'étude du collège d'Autun, quand l'abbé Chardon récapitulait la leçon de français.
Aux reproches du professeur qui l'accusait d'inattention, l'enfant sursautait, répondait sur un ton impérieux où perçait l'intonation de la langue maternelle :
- Monsieur, je sais déjà cela.
Il avait vite appris, en effet, cet enfant solitaire, dans ce collège où il pouvait cependant, parfois, évoquer avec son frère les jeux de là-bas.
