Napoléon est révulsé, et cependant on le courtise. Il a cette finesse des traits et cette insolence qui attirent. Il rejette avec fureur les séducteurs. Il les frappe. Il se bat. Il les chasse. Il les insulte. Il devine, chez certains maîtres, « ces vices et ces désordres des couvents ». Il mène la guerre contre eux, prend la tête des révoltes contre les « régents » qui assistent le nouveau principal, le père Berton. On se saisit de lui. On le fustige. Il serre les mâchoires sans pleurer. Il tient tête au maître qui le réprimande. Celui-ci s'indigne.

- Qui êtes-vous donc, monsieur, pour me répondre ainsi ?

- Un homme, rétorque d'une voix forte Napoléon.

Il est l'enfant inflexible dont la sensibilité est si forte sous la carapace de la volonté qu'elle surgit parfois comme la lave qui emporte tout.

Un soir, le maître de quartier qui l'a surpris à lire le punit. Il doit dîner à genoux devant la porte du réfectoire, revêtu de la tenue infamante, un pantalon d'étoffe grossière, des brodequins informes.

Celui qui se veut déjà un homme s'exécute calmement et, tout à coup, l'enfant qu'il est encore se contorsionne, crie, se roule sur le sol, vomissant tout ce qu'il a avalé.

Le maître de mathématiques, le père Patrault, accourt, révolté qu'on traite ainsi son meilleur élève. Le principal concède que le châtiment a été excessif et retire la punition.

L'homme-enfant se lève, plus sauvage, plus fier, plus déterminé que jamais à ne pas plier.

Séparé des autres, insulaire, voilà ce qu'il était, ce qu'il voulait être.

Un jour, le principal réunit les élèves et déclare qu'il va leur distribuer et leur confier une grande étendue de terrain à proximité de l'école, dont ils auront le libre usage, qu'ils pourront labourer et cultiver à leur guise, et notamment durant ces périodes, en septembre, où l'enseignement prend un rythme plus lent afin de laisser un peu plus de temps aux élèves qui n'ont pas le droit à des vacances.



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