Tout à coup, une explosion plus violente que les autres : les étincelles d'un feu d'artifice tiré par un voisin de l'école ont mis le feu à un caisson de poudre. La panique s'empare des élèves, qui s'enfuient et, dans leur course, renversent la palissade de l'enclos de Bonaparte, brisent ses arbres, détruisent son « ermitage ».

Il se jette au-devant d'eux, armé d'une pioche, pour tenter de les arrêter, pour défendre son territoire, indifférent à leur peur, au danger qu'ils courent peut-être.

On l'insulte. Il menace avec sa pioche. On l'accuse d'égoïsme et de dureté. On lance que les réjouissances en l'honneur du roi de France ont peut-être exaspéré l'étranger, Paille-au-Nez, et, qui sait, le républicain, puisque tel avait été le régime rêvé de la Corse indépendante.

Napoléon ne daigne pas répondre, même si la fureur l'envahit à l'idée qu'il faut demeurer, combien de temps encore, dans cette école de Brienne. Pour s'en échapper, il doit se maîtriser davantage, parce qu'il est, à quinze ans maintenant, un homme en charge du destin de sa famille.

D'ailleurs, en août 1784 il n'est plus seul à Brienne. Son frère Lucien est avec lui à l'école depuis le mois de juin.

Grand moment que ce mois.

Le 21, on a demandé Napoleone Buonaparte au parloir. Il s'y rend. Et là, dans la grande pièce, le père, Charles Bonaparte, en compagnie de l'un de ses fils, le frère cadet, Bonaparte, Lucien, l'attend.

Napoléon ne s'élance pas. Il se cabre au contraire, pour ne pas se briser sous l'émotion. Car cela fait plus de cinq années qu'il n'a vu aucun membre de sa famille.

Il regarde fixement son père. Il retrouve cet homme de haute taille, sec, maigre, portant perruque en fer à cheval avec une bourse et un double cordon de soie noire qui en sort et vient se rattacher au jabot. Il lui semble ne l'avoir jamais quitté. Charles Bonaparte est toujours élégant, en habit de soie passementé avec des brandebourgs, et il porte son épée au côté.



24 из 404