
Quinze ans !
Il écrit :
« Mon cher oncle :
« Je vous écris pour vous informer du passage de mon cher père par Brienne. Il a laissé ici Lucciano, qui est âgé de neuf ans et grand de trois pieds, onze pouces, six lignes2. Il est en sixième pour le latin, va apprendre toutes les différentes parties de l'enseignement. Il marque beaucoup de dispositions et de bonne volonté. Il faut espérer que ce sera un bon sujet. Il se porte bien, est gros, vif et étourdi, et pour le commencement on est content de lui. Il sait très bien le français et a oublié l'italien tout à fait...
« Je suis persuadé que Joseph mon frère ne vous a pas écrit. Comment voudriez-vous qu'il le fît ? Il n'écrit à mon cher père que deux lignes, quand il le fait. En vérité, ce n'est plus le même... Quant à l'état qu'il veut embrasser, l'ecclésiastique a été comme vous le savez le premier qu'il a choisi. Il a persisté dans cette résolution jusqu'à cette heure où il veut servir le roi : en quoi il a bien tort par plusieurs raisons... Il n'a pas assez de hardiesse pour affronter les périls d'une action. Sa santé faible ne lui permet pas de soutenir les fatigues d'une campagne, et mon frère n'envisage l'état militaire que du côté des garnisons... Il se tirera toujours bien d'une société, mais d'un combat ? »
Et Bonaparte, de son écriture rapide, poursuit le réquisitoire. Joseph, qui ne connaît pas les mathématiques, ne pourra faire un officier ni de marine, ni d'artillerie. Infanterie alors ? « Bon, je l'entends, il veut être toute la journée sans rien faire, il veut battre le pavé... Qu'est-ce qu'un mince officier d'infanterie ? Un mauvais sujet les trois quarts du temps, et c'est ce que, mon cher père, ni vous ni ma mère, ni mon cher oncle l'archidiacre ne veulent, car il a déjà montré des petits tours de légèreté et de prodigalité... »
