C'est un cadet qui parle de son aîné ! Un adolescent-homme qui se sent responsable de toute sa famille, comme s'il en était le chef.

Quelques jours plus tard, Bonaparte reprend la plume. Il a essuyé une nouvelle déception. Son père ne repassera pas par Brienne. Il rentre directement de Paris en Corse.

« Mon cher père

« Votre lettre, comme vous pensez bien, ne m'a pas fait beaucoup plaisir, mais la raison et les intérêts de votre santé et de la famille qui me sont fort chers m'ont fait louer votre prompt retour en Corse et m'ont consolé tout à fait.

« D'ailleurs, étant assuré de la continuation de vos bontés et de votre attachement et de votre empressement à me faire sortir et seconder en ce qui peut me faire plaisir, comment ne serais-je pas bien aise et content ? Au reste, je m'empresse de vous demander des nouvelles des effets que les eaux ont fait sur votre santé et de vous assurer de mon respectueux attachement et de mon éternelle reconnaissance. »

Fils aimant, fils « respectueux », attaché à la famille, fils reconnaissant qui salue les efforts de son père pour le faire « sortir » de Brienne, il n'en poursuit pas moins sa lettre en conseillant son père quant au choix des études de Joseph. Il souhaite qu'il place son frère aîné à Brienne plutôt qu'à Metz, « parce que cela sera une consolation pour Joseph, Lucien et moi ». Il souhaite que son père lui envoie des ouvrages sur la Corse. « Vous n'en avez rien à craindre, j'en aurai soin et les rapporterai en Corse avec moi quand j'y viendrai, fût-ce dans six ans. »

« Adieu, mon Cher Père, conclut-il. Le Chevalier - Lucien - vous embrasse de tout cœur. Il travaille fort bien. Il a fort bien su à l'exercice public. »

Puis il adresse ses respects à tous les membres de la famille, aux Zie - les tantes -, et il signe :

« Votre très humble et très obéissant T.C. et fils de Buonaparte, l'arrière-cadet. »



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