
Dans la lettre à son père, une phrase apparemment anodine - « Monsieur l'Inspecteur sera ici le 15 ou le 16 au plus tard de ce mois, c'est-à-dire dans trois jours. Aussitôt qu'il sera parti, je vous manderai ce qu'il m'a dit » - marque l'attente de Bonaparte.
Il doit comparaître en effet une nouvelle fois devant Reynaud des Monts, qui a reçu du ministre l'autorisation d'appeler à l'École Militaire de Paris « les boursiers des petites-écoles qui se recommanderaient non seulement par leurs talents, leurs connaissances et leur conduite, mais par leur aptitude aux mathématiques ».
En septembre 1784, il choisit, lors de son inspection à Brienne, cinq élèves des minimes, qui deviennent ainsi cadets-gentilshommes et sont destinés à rejoindre Paris. Le premier nom cité est celui de Montarby de Dampierre qui a opté pour la cavalerie. Le second, Castres de Vaux, se destine au génie. Les trois autres sont candidats à l'artillerie. Aux côtés de Laugier de Bellecourt et de Cominges, Napoleone Buonaparte.
Quand il entend son nom, l'adolescent se contente de redresser la tête, et son émotion ne se lit que dans l'éclat du regard.
Il sait ce que signifie ce départ. D'abord, échapper à la routine de Brienne, à ces lieux trop familiers, à ces paysages trop gris. Il y abandonne Lucien, c'est sa blessure. Mais il peut obtenir le grade d'officier en une année, et son frère Joseph disposera alors d'une bourse et rejoindra à son tour Brienne, pour y suivre les cours de mathématiques du père Patrault.
Bonaparte ne laisse rien paraître de sa joie. Mais il marche plus vite, arpentant la cour de long en large, les bras croisés derrière le dos. Il a franchi un obstacle. Il avance. Tout est possible.
Cependant il faut attendre. Les jours s'étirent démesurément. Et ce n'est que le 22 octobre 1784 que Louis XVI, « ayant donné à Napoleone de Buonaparte, né le quinze août 1769, une place de cadet-gentilhomme dans la compagnie des cadets-gentilshommes établie dans mon école militaire », prie « l'inspecteur général, M. de Timbrune-Valence, de le recevoir et de le faire reconnaître en ladite place ».
