Le 30 octobre, Napoléon Bonaparte quitte Brienne en compagnie de ses quatre camarades et d'un minime qui les surveille.

Ils prennent d'abord la voiture jusqu'à Nogent, et là embarquent sur le coche d'eau pour Paris.

Le ciel est gris. De temps à autre il pleut.

Mais un cadet-gentilhomme de quinze ans peut-il se laisser aller à la mélancolie lorsqu'il se dirige vers la capitale du royaume de France, où le roi l'accueille comme boursier de sa plus prestigieuse école militaire ?

Voilà ce qu'arrache un étranger, le citoyen d'une patrie vaincue, un Corse, quand il sait vouloir.

« Je veux », murmure Bonaparte.




1- 1,58 m environ.

2- 1,10 m environ.


3.


Bonaparte marche dans Paris. C'est « un petit jeune homme fort brun, avec des culottes à parements rouges, triste, rembruni, sévère » mais dont les yeux avides dévorent la ville.

Souvent il s'arrête. Il laisse s'éloigner le minime qui accompagne ses quatre camarades de Brienne.

Bonaparte veut éprouver seul, jouir seul de ce spectacle qui l'enivre même si son visage ne tressaille pas. Mais en son for intérieur il vibre comme une corde tendue.

Il n'a que quinze ans et deux mois, mais il devine cette ville, il la ressent comme un vaste théâtre, un horizon ouvert. Il traverse le Pont-Neuf encombré de voitures et de charrois. Des barges sont amarrées aux quais. Les portefaix se fraient un chemin dans une foule bigarrée où se mêlent les tenues les plus contrastées, celle, recherchée, d'un jeune aristocrate et celle, dépenaillée, d'une femme à la poitrine forte et aux bras nus.



29 из 404