
« Je finis en vous souhaitant une santé semblable à la mienne.
« Napoleone di Buonaparte. »
Il relit. Le choix du tuteur est bon. L'archidiacre est un notable fortuné. Il acceptera cette charge que cet adolescent qui n'a pas seize ans lui demande d'assumer avec une autorité grave, où l'émotion s'allie à la raison.
Cinq jours plus tard, le 28 mars 1785, Bonaparte écrit la deuxième lettre, celle destinée à sa mère.
« Ma chère mère,
« C'est aujourd'hui que le temps a un peu calmé les premiers transports de ma douleur, que je m'empresse de vous témoigner la reconnaissance que m'inspirent les bontés que vous avez eues pour nous.
« Consolez-vous, ma chère mère, les circonstances l'exigent. Nous redoublerons de soins et de reconnaissance, et heureux si nous pouvons par notre obéissance vous dédommager un peu de l'inestimable perte de cet époux chéri.
« Je termine, ma chère mère, ma douleur me l'ordonne, en vous priant de calmer la vôtre. Ma santé est parfaite, et je prie tous les jours que le ciel vous gratifie d'une semblable.
« Présentez mes respects à Zia Gertrude, Minana Saveria, Minana Fesch, etc.
« P.S. : La reine de France est accouchée d'un prince, nommé le duc de Normandie, le 27 mars, à sept heures du soir.
« Votre très affectionné fils,
« Napoleone di Buonaparte. »
Maintenant, l'encre à peine séchée, la plaie encore ouverte, il faut se remettre au travail. Point d'hésitation : « Ma douleur me l'ordonne. »
Quand, au début du mois de septembre 1785, l'académicien Laplace pénètre dans la salle de l'École Militaire préparée pour l'examen des cadets-gentilshommes qui se destinent à l'artillerie, Napoléon est prêt.
Il entre à son tour.
Laplace est là, vêtu de noir, les yeux à demi cachés par un lorgnon. Il a l'aspect sévère, les gestes graves, mais sa voix est douce, son ton bienveillant. Il est, avec les candidats qui s'avancent paralysés par l'anxiété, puisque toute leur carrière dépendra de leurs réponses, d'une politesse extrême.
