
Le texte de la Constitution sera soumis au vote du peuple. Et Napoléon en rédige le préambule. « Citoyens, la Révolution est fixée aux principes qui l'ont commencée. ELLE EST FINIE. »
C'est la fin de l'année 1799. La fin du siècle. Napoléon est dans sa trentième année. Il entre dans le XIXe siècle comme un vainqueur.
Il ne se souvient pas de ses échecs, des assauts inutiles de Saint-Jean-d'Acre. Il lui semble qu'il suffit de vouloir avec obstination pour l'emporter. Les hommes qui se sont opposés à lui ont-ils donc eu si peu d'intelligence, si peu de volonté, ou si peu de courage ?
Il les observe, courtisans, serviles, avides. Il fait attribuer à Sieyès un bien national, le domaine de Crosnes, en « récompense nationale ». Cambacérès ? « C'est l'homme le plus propre à mettre de la gravité dans la bassesse. » Talleyrand ci-devant évêque d'Autun ? « Je sais qu'il n'appartient à la Révolution que par son inconduite. Jacobin et déserteur de son ordre dans l'Assemblée constituante, son intérêt nous répond de lui. »
Les yeux fixes, Napoléon écoute Talleyrand lui répéter :
- Je ne veux travailler qu'avec vous. Il n'y a point là de vaine fierté de ma part. Je vous parle seulement dans l'intérêt de la France.
Comment ne dominerais-je pas le grouillement de ces hommes-là ?
Ils se pressent tous aux réceptions qu'il donne comme Premier consul, dans les pièces du palais du Luxembourg. Ils quémandent un regard, lors des représentations à l'Opéra auxquelles il assiste. Joséphine, lorsqu'il est seul avec elle, lui rapporte ce que l'on dit dans les salons. Connaît-il le quatrain qu'on murmure à Paris ? Il écoute.
Sieyès à Bonaparte a fait présent du trône
Sous un pompeux débris pensant l'ensevelir
Bonaparte à Sieyès a fait présent de Crosnes
Pour le payer et l'avilir...
