- Vous me parlez toujours du roi, vous êtes donc royalistes ? demande-t-il.

Il s'étonne. Comment peut-on suivre un prince qui n'a pas eu le courage de prendre une barque de pêcheur pour rejoindre ses fidèles qui combattent ? Que vaut un roi qui n'a jamais tiré l'épée ?

- Mais moi, je ne suis pas royaliste, conclut-il.

Il s'approche de la cheminée, se tourne brusquement vers d'Andigné.

- Que voulez-vous être ? interroge-t-il. Voulez-vous être général ? préfet ? Vous et les vôtres, vous serez ce que vous voulez être.

Une fois l'appât jeté, il faut attendre. Mais ces deux hommes ne semblent pas tentés. Il faut les flatter, leur dire qu'on comprend leur combat, qu'on est prêt à rétablir les libertés religieuses.

- Moi aussi, je veux de bons prêtres. Je les rétablirai. Non pas pour vous, mais pour moi...

Il jette un coup d'œil à Hyde de Neuville. Celui-ci a l'air plus roué que d'Andigné. Il faut essayer d'établir avec lui une complicité.

- Ce n'est pas que nous autres nobles ayons beaucoup de religion, reprend-il, mais elle est nécessaire pour le peuple.

Ils se taisent. Alors il faut les menacer.

- Si vous ne faites pas la paix, je marcherai sur vous avec cent mille hommes. J'incendierai vos villes, je brûlerai vos chaumières.

Il s'interrompt, change de ton.

- Il n'a déjà que trop coulé de sang français depuis dix ans. Il tourne le dos. L'entretien est terminé.

Maintenant il faut agir, puisque la séduction et la menace n'ont pas réussi. Il faut exiger la soumission des insurgés.

« Il ne peut plus rester armés contre la France que des hommes sans foi et sans patrie, de perfides instruments d'un ennemi étranger. » Il faut renforcer les troupes pour appuyer les mots.

En janvier 1800, les premières redditions ont lieu. Cadoudal, l'un des chefs chouans les plus déterminés, renonce lui-même à la lutte en février.



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