
Joséphine a reçu à sa table les deux grenadiers qui, au château de Saint-Cloud, le 19 brumaire, se sont placés entre Napoléon et les députés des Cinq-Cents et l'ont protégé. Elle a, à la fin du déjeuner, glissé au doigt de celui qui a eu son uniforme déchiré par des poignards, le grenadier Thomé, un diamant de deux mille écus ! Et elle l'a embrassé.
Voilà comment il faut agir avec les hommes. Les récompenser et les flatter. La garde des consuls est habillée d'uniformes neufs, chamarrés. Elle est commandée par Murat, qui vient d'épouser Caroline Bonaparte. C'est la Garde qui parade le jour où l'on proclame les résultats du plébiscite sur la Constitution - 3 011 007 citoyens ont approuvé, contre 1 562 non. Ici et là, les abstentions étaient si nombreuses qu'il a fallu bourrer les urnes de oui.
C'est ainsi qu'on gouverne !
Il dit à Bourrienne, qui lui a communiqué ces chiffres : « Il faut parler aux yeux, cela fait du bien au peuple. »
Et, s'approchant de la fenêtre, regardant le jardin qui entoure le palais du Luxembourg, il ajoute : « À l'armée, la simplicité a sa place ; mais, dans une grande ville, il faut que le chef d'un gouvernement attire à lui les regards par tous les moyens possibles !
Sa décision est prise : il s'installera aux Tuileries.
Le 19 février 1800, le cortège des voitures quitte le palais du Luxembourg pour se rendre à celui des Tuileries, remis en état.
Les salves d'artillerie retentissent. Trois mille hommes de troupe, musique militaire et immense tambour-major jonglant avec sa canne, cavalerie, précèdent la voiture des consuls tirée par six chevaux blancs, cadeau de l'empereur d'Autriche lors de la signature de la paix de Campoformio.
