Napoléon est vêtu d'un costume rouge brodé d'or.

Tout au long du trajet par les quais jusqu'aux guichets du Louvre, la foule est immense. Elle crie : « Vive Bonaparte ! » Sur la place du Carrousel, les troupes sont alignées. Napoléon monte à cheval, les passe en revue.

Il lève la tête. Il lit sur l'un des corps de garde construits sous la Révolution :

Le 10 août 1792, la royauté en France est abolie et ne se relèvera jamais.

Il fait un signe pour que commence le défilé et, quand passent devant lui les demi-brigades dont les drapeaux sont lacérés, il se découvre longuement. La foule, agglutinée jusque sur les toits, l'acclame.

Puis il entre dans le château des Tuileries.

Il monte au premier étage. C'est là qu'il a décidé de s'installer, dans les anciens appartements de Louis XVI et de sa famille. Joséphine est au rez-de-chaussée.

Il parcourt les pièces avec Roederer. Elles sont immenses et sinistres.

- Général, cela est triste, dit Roederer.

- Oui, comme la gloire.

Napoléon tourne le dos, s'isole. Une nouvelle fois le vide. Il entre dans la chambre de Joséphine, et il a un éclair de gaieté en la voyant debout au pied du lit.

- Allons, petite créole, lui lance-t-il, couchez-vous dans le lit de vos maîtres.

Mais Joséphine ne sourit pas. Elle veut parler. Il l'en empêche. Il n'a que faire de ses craintes devant le souvenir des rois, il ne veut pas entendre ses pressentiments.

Il est ici aux Tuileries, lui qui a, le 10 août 1792, traversé ces salles pleines d'une populace en furie.

Il y a moins de huit ans de cela.

Le lendemain, tôt, il parcourt la galerie de Diane où il a fait placer les bustes des grands hommes qu'il admire le plus, de Démosthène à Brutus, de César à Washington, de Frédéric II à Mirabeau. Il marche à pas lents, s'arrêtant devant chaque visage.

Il évoque le cortège de la veille, les folles acclamations de la foule quand il s'est découvert devant les drapeaux.



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