- Je vous ai fait comme vous êtes, citoyen Premier consul, répond Isabey.

Il n'aime pas ces cérémonies auxquelles, durant plusieurs jours, il doit se prêter. Elles sont nécessaires mais elles l'épuisent. Il faut inaugurer un quai Desaix, traverser le Champ-de-Mars et l'esplanade des Tuileries dans la chaleur du 14 juillet, avec la foule qui rompt les barrières, envahit les Invalides et l'acclame.

Heureusement, il y a ce moment d'enchantement et de promesse, quand il voit Giuseppina Grassini s'avancer dans la nef du Temple de Mars, l'église des Invalides. Elle chante sous les drapeaux pris à l'ennemi. Sa voix annonce les plaisirs de la nuit, quand elle se présentera, comme il en est convenu, à la petite porte de l'appartement d'entresol, et qu Roustam lui ouvrira, la guidera vers la chambre. Moment de paix.

Mais, d'ici là, il faut assister au banquet de cent couverts qui se tient aux Tuileries.

Avec impatience, Napoléon guette l'instant des toasts. Le président du Tribunat lève son verre « à la philosophie et à la liberté civile ! » Napoléon lance d'une voix forte, avant qu'il soit assis : « Au 14 juillet ! Au peuple français, notre souverain à tous ! »

On l'applaudit à tout rompre, alors qu'il quitte la salle.

Giuseppina Grassini l'attend déjà, il en est sûr.

Que savent-ils de moi, alors que je connais tout d'eux, que je sais qu'ils auraient applaudi quoi que j'aie dit ?

Le lendemain matin, comme chaque jour, il écoute les consuls, les membres du Conseil d'État ou bien ceux d'une commission qu'il a créée pour rédiger un code civil.

Mais la colère le gagne souvent.

Que comprennent-ils des nécessités du pays ? L'avidité dicte souvent leur raisonnement.

Bien sûr, il accepte le désir d'hommes - et ses propres frères ! - soucieux de s'enrichir. Bourrienne lui-même, qu'il voit à chaque heure tous les jours, ne pense qu'à cela. Il y a aussi les courtisans, ceux qui rêvent d'un mariage avec Hortense de Beauharnais. Duroc et Bourrienne l'ont espéré. Mais cela le choque.



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