Et les quatre-vingt mille émigrés qui les accompagneraient partageraient ce désir. « Quel serait alors le sort des régicides, des hommes qui se sont prononcés avec exaltation dans la Révolution ? Et les domaines nationaux, une foule de transactions passées depuis douze ans ? Êtes-vous homme, Bourrienne, à prévoir jusqu'où ira la réaction ?

Napoléon, à pas lents, rentre dans son cabinet.

- Je sais, dit-il, combien ces femmes, Joséphine et Hortense, vous tourmentent. N'en parlons plus. Mon parti est pris. Qu'elles me laissent faire et qu'elles tricotent.

Il montre une lettre à Bourrienne. Voilà ce que lui écrit à nouveau Louis XVIII.

« Vous perdez un temps précieux : nous pouvons assurer le repos de la France ; je dis nous, parce que j'ai besoin de Bonaparte pour cela, et qu'il ne le pourrait pas sans moi. »

Napoléon fait un signe à Bourrienne. Il va dicter, ce 7 septembre 1800, sa réponse au Bourbon.

« J'ai reçu, Monsieur, votre lettre ; je vous remercie des choses honnêtes que vous m'y dites.

« Vous ne devez pas souhaiter votre retour en France ; il vous faudrait marcher sur cent mille cadavres.

« Sacrifiez votre intérêt au repos et au bonheur de la France... L'histoire vous en tiendra compte.

« Je ne suis pas insensible aux malheurs de votre famille. Je contribuerai avec plaisir à la douceur et à la tranquillité de votre retraite.

« Bonaparte,

« Premier consul de la République. »


Deuxième partie

Il faut une religion pour le peuple

Septembre 1800-Juillet 1801


6.


La nuit, souvent, Napoléon s'échappe. Il descend un escalier sombre, pousse une petite porte. Et voici la rue, l'odeur des feuilles mortes, le vent chargé de pluie. Là-bas, à une centaine de mètres, dans la lumière des lanternes, les factionnaires de la garde consulaire font les cent pas devant les grilles du palais. Ici, c'est l'ombre. Les Tuileries ne sont qu'une façade obscure que seuls de rares passants longent.



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