
Napoléon n'a fait que quelques pas et, déjà, il est devenu une silhouette anonyme qui peut entrer dans la foule et que personne ne reconnaîtra sous cette redingote noire, ce chapeau rond enfoncé jusqu'aux sourcils. Il n'a pas besoin de regarder Berthier qui l'accompagne. Il devine l'anxiété et même la peur du général. Tous ceux, d'ailleurs, qui sortent ainsi avec lui sans escorte et se mêlent aux citoyens, sont saisis de la même frayeur. Duroc ou les aides de camp ont la main serrée sur la crosse de leur pistolet.
C'est lui qu'on veut tuer pourtant, mais il ne craint pas la mort. Elle choisira son moment. Il sent qu'il n'est pas venu encore. Pourtant Paris grouille de complots, il le sait.
Napoléon se tourne vers Berthier, l'interroge sur la dernière conspiration découverte. Royaliste ou jacobine ? Depuis qu'il a répondu à la lettre du Louis XVIII, les fanatiques à la fleur de lys n'ont plus qu'un seul espoir, l'abattre.
- Si j'en croyais Fouché..., commence Napoléon avant même que Berthier ait pu répondre.
Selon le ministre de la Police, les complots royalistes pour l'enlever, l'assassiner, se multiplient. L'argent anglais coule à flots. Mais peut-on croire Fouché ? N'a-t-il pas partie liée avec les jacobins ? Ne les protège-t-il pas, parce qu'il redoute par-dessus tout un retour des Bourbons, qui lui feraient payer cher son passé de régicide et de terroriste ? Or, la « queue de Robespierre » s'agite encore.
Napoléon ne s'en défend pas : il déteste ces hommes-là, fanatiques et destructeurs. Il ne les comprend pas. Qu'espèrent-ils ? Les royalistes ont au moins un but clair : retrouver, avec un roi, leurs privilèges et leurs biens.
