- Que fait le général Moreau ? demande Napoléon, interrompant une nouvelle fois Berthier.

Moreau représente le seul danger. Il est à Paris, en congé régulier. Il reçoit beaucoup de généraux : Brune, Augereau, Lecourbe. On dit qu'il voit Sieyès, la taupe, Mme de Staël, qui se prend pour un homme politique. Mais Moreau pourrait aussi servir les royalistes. Moreau est une véritable menace. Il faudra le désarmer, le séduire ou le réduire.

- Un petit globe infernal, reprend Berthier.

Les hommes de Fouché, explique-t-il, ont été alertés par une explosion qui s'est produite dans le quartier de la Salpêtrière, chez un certain Chevalier, un ancien employé du Comité de salut public. Ils ont découvert une étrange machine, un baril cerclé de fer, bourré de clous à grosses têtes, de morceaux de verre et de fer. Une mèche permettait de faire exploser cette bombe. On a, à la suite de l'enquête, arrêté une dizaine de jacobins.

- Ils se proposaient de faire sauter la Malmaison, conclut Berthier.

Napoléon reste silencieux.

Entre lui et eux, ses ennemis en bonnet rouge ou talon rouge, c'est une lutte à mort. Qu'on-ils compris de ce qu'il veut ? De ce qu'il tente pour ce pays ?

- Je suis le seul capable de répondre à l'attente de la nation française, murmure-t-il. Le seul...

Berthier paraît étonné du propos.

- Si je parais toujours prêt à tout, à faire face à tout, continue-t-il, c'est qu'avant de rien entreprendre j'ai longtemps médité, j'ai prévu ce qui pourrait arriver.

Il s'arrête, fixe Berthier.

- Ce n'est pas un génie qui me révèle tout à coup en secret ce que j'ai à dire et à faire dans une circonstance inattendue pour les autres, c'est la méditation.

Je veux lier ensemble tous les Français. Et ne les livrer ni au retour vengeur des émigrés, ni à la fureur aveugle des anarchistes.



50 из 311