César a fouetté les chevaux dès que le passage a été dégagé. La voiture frôle la charrette puis tourne à gauche dans la rue de la Loi.

Brusquement, Napoléon a l'impression que l'on tire le canon près de lui. Il croit dans son demi-sommeil vivre une scène de bataille. Il se réveille. On entend des cris, des bruits de verre et des hennissements. Il se penche, il y a derrière lui dans le ciel une lueur rouge sombre.

La voiture s'arrête au débouché de la rue des Boucheries. Un officier s'approche. Napoléon a compris avant même que l'officier lui explique qu'il s'agit d'un attentat. Une charrette a explosé quelques minutes après le passage du Premier consul.

- Allez donner l'ordre, dit-il, que toute la garde des consuls prenne les armes, lance Napoléon.

On a donc voulu le tuer.

Il est calme et serein. Il se tourne vers un second officier.

- Allez dire à Mme Bonaparte de me rejoindre à l'Opéra.

Puis, d'un signe, il demande à César de repartir.

Une fois encore, la mort l'a simplement effleuré, comme pour lui rappeler la précarité de son pouvoir et la nécessité de ne jamais baisser sa garde.

Qui sont ceux qui ont voulu l'abattre ? Sans doute les complices des conspirateurs aux poignards, ces terroristes qui peut-être ont noué des liens avec des généraux jacobins, ces envieux, ces « vieilles moustaches » des campagnes de la République qui n'admettent pas le retour à la paix civile, à l'ordre, à la fusion de tous les Français. Et qui sait si, derrière eux, il n'y a pas Moreau ?

En descendant de voiture devant l'Opéra, Napoléon voit les généraux, les officiers qui accourent. La détonation énorme a été entendue dans tout Paris. Des maisons ont été éventrées, toutes les vitres du quartier et celles des Tuileries ont été brisées. On dénombre plusieurs tués, des blessés mutilés. Une femme a eu les deux seins arrachés par un morceau de fonte. On a découvert les restes épars d'une fillette.



61 из 311