
Il faut écraser ces terroristes.
Il entre dans l'Opéra, pousse la porte de la loge.
- Ces coquins ont voulu me faire sauter, dit-il à Junot.
Puis il s'assied.
- Faites-moi apporter un imprimé de l'oratorio, ajoute-t-il d'une voix calme.
Mais tous les spectateurs sont debout, criant : « Vive le Premier consul ! » Les ovations sont si fortes qu'elles font trembler les murs de l'Opéra. À plusieurs reprises, Napoléon s'avance, et chaque fois qu'il se rassoit, les acclamations le contraignent à se lever de nouveau. Ce n'est qu'après plusieurs minutes qu'il peut commander à l'orchestre de commencer à jouer.
Il écoute quelques instants la musique. Une fois de plus, l'action de ses ennemis peut le servir s'il sait contre-attaquer, profiter de l'émotion pour agir.
Il quitte l'Opéra. Au fur et à mesure qu'il approche des Tuileries, la foule se fait plus dense. On l'acclame dès que l'on reconnaît sa voiture. Dans les salons des Tuileries, les proches s'empressent. Il voit Fouché, isolé, et le visage glabre, impassible du ministre de la Police l'irrite.
- Eh bien, lance-t-il, direz-vous encore que ce sont les royalistes, Fouché ?
Il n'aime pas cette réponse de Fouché qui s'obstine et reste calme, prétendant qu'il prouvera qu'il s'agit bien de royalistes.
Napoléon ne peut l'admettre. Il a, ces temps derniers, multiplié les gestes en direction des émigrés. Qui sont ces Ceracchi, Aréna, Topino-Lebrun, qui voulaient l'assassiner à l'Opéra, il y a peu ?
- Des jacobins, répète-t-il, des terroristes, des misérables en révolte permanente, en bataillons carrés contre tous les gouvernements.
Il marche à grands pas dans le salon. Ses familiers l'approuvent. Il est porté par ce murmure, par l'isolement de Fouché.
