Lobzal avait essayé de desserrer ses liens quelques instants plus tôt. Ses doigts engourdis s’étaient écorchés sur la corde végétale enroulée plusieurs fois sur elle-même. Il n’avait récolté qu’une douleur cuisante au cou et aux poignets. Il envia les cadavres, leur visage paisible, leur corps détendu. Eux étaient délivrés de la peur, de cette terrible, de cette stupide envie de vivre qui le consumait de la tête aux pieds. Il s’en irait sans connaître autre chose de son monde que la plaine du Triangle, les tempêtes de bulles de pollen, les champs et les jardins des mathelles, les cueillettes des fruits, les moissons de manne, les grillades de yonk, les murmures des sources, les baignades dans la rivière Abondance, les longues soirées d’hiver devant l’âtre central, les chœurs nostalgiques des djemales, le crissement des cristaux de glace sur les toits, les hurlements des vents descendus de l’Agauer, les journées torrides de la saison sèche comme celle qui s’annonçait et qui, pourtant, ne réussissait pas à lui réchauffer le sang.

Il entendait ou croyait entendre le chant de ce monde sous son écorce généreuse, du moins c’est ainsi qu’il interprétait ce besoin de découverte qui le taraudait depuis sa naissance et qui, en cet instant, se faisait pressant. Un chant grave et bouleversant de beauté. Les autres n’écoutaient pas leur planète d’adoption, ils en prenaient possession avec l’impudence des jouisseurs, des propriétaires. Ils essayaient de tromper le temps en se consacrant à l’instant présent, selon les saints préceptes de Qval Djema, mais ils bâtissaient des maisons faites pour durer, ils répartissaient les terres, l’eau et les tâches, ils préparaient un avenir à leurs descendants.

Lobzal leva la tête, alarmé par une sensation persistante d’obscurité et de froid. Les umbres étaient là, au-dessus de l’Ellab, immobiles, comme s’ils évaluaient le festin préparé à leur intention.



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