On berce en leurs berceaux les enfants et le vice

Nos mères ont du vice avec nous accouché

Et en nous concevant ont conçu le péché.

Mais Maria de Ségovie ne m’avait pas paru disposée à m’écouter et j’avais renoncé à l’interrompre, intrigué et séduit, en fait, par son bavardage.

Elle m’avait expliqué qu’elle avait acheté plusieurs pièces du XVIe siècle, dont elle était sûre qu’elles m’intéresseraient. Elle ne voulait pas les vendre à n’importe qui, à l’un de ces pilleurs d’Histoire, de ces brigands qui ne cherchent qu’à placer leurs dollars, à faire commerce de la mémoire des hommes.

Il fallait, avait-elle insisté, que quelqu’un comme moi redonnât vie à ce passé.

— Avec probité, avait-elle répété.

Elle savait que j’avais, dans mes romans, utilisé les souvenirs d’une famille de nobles provençaux, les Thorenc. Or, ce qu’elle avait acquis provenait de l’un de leurs ancêtres, Bernard de Thorenc, qui avait vécu au XVIe siècle.

— Je crois aux rencontres que le hasard ou la providence organisent, avait-elle ajouté. Je parlais de mes trouvailles à Armelle qui a sursauté quand j’ai cité le nom de Thorenc. Elle m’a longuement raconté vos romans que je ne connaissais pas. J’ai lu, depuis, tout ce que vous avez écrit sur les Thorenc. Comment aurais-je pu ne pas vous téléphoner ? Vous devez à Bernard de Thorenc de l’attention : il est venu vers moi pour que je le guide vers vous. Vous ne pouvez l’ignorer, refuser. Je vous attends demain au 7, rue de l’Arbre-Sec.

Demain, c’était le vendredi 22 août 2003.

Le vendredi 22 août 1572, il y avait quatre cent trente et un ans jour pour jour, à la fin d’une matinée étouffante – et cela faisait des semaines, comme en cet été 2003, que Paris était écrasé par une chaleur torride –, l’amiral de Coligny, le chef protestant, venait de quitter le palais du Louvre.



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