
Il avait longuement envisagé avec le roi Charles IX les moyens d’apaiser la haine meurtrière qui opposait les catholiques aux protestants, ceux qui s’appelaient avec mépris papistes, huguenots, hérétiques, « mal-sentants de la foi », débauchés ou dévoyés.
J’avais été frappé, ce vendredi 22 août, par la coïncidence des dates et par la découverte de cet ascendant, Bernard de Thorenc, ancêtre de ces Thorenc – Martial, Louis, Villeneuve, François ou Bertrand Renaud – dont j’avais en effet raconté les vies.
J’avais été flatté aussi par l’insistance de Maria de Ségovie à me solliciter, par l’importance qu’elle paraissait accorder à ma visite.
Mais j’avais été surtout sensible à cette adresse, à cette rue de l’Arbre-Sec, aux événements qu’elle évoquait.
Dans cette rue-là, entre Louvre et Seine, autour de l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois, la France s’était jadis déchirée.
Après avoir raccroché sans promettre à Maria de Ségovie que je lui rendrais visite, j’ai feuilleté Les Tragiques d’Agrippa d’Aubigné – encore lui !
J’ai retrouvé ce passage qui n’a cessé de me fasciner et de m’accabler par la force endeuillée avec laquelle il décrit la lutte fratricide entre chrétiens, entre Français :
Je veux peindre la France une mère affligée
Qui est entre les bras de deux enfants chargée.
Le plus fort, orgueilleux, empoigne les deux bouts
Des tétons nourriciers, puis, à force de coups
D’ongles, de poings, de pieds, il brise le partage
Dont nature donnait à son besson l’usage…
Elle dit : « Vous avez, félons, ensanglanté
Le sein qui vous nourrit et qui vous a portés.
Or vivez de venin, sanglante géniture,
Je n’ai plus que du sang pour votre nourriture.
Or cette saison de meurtres, de corps égorgés, éventrés, écartelés, dépecés, de femmes violées, d’enfants jetés aux chiens, avait commencé le vendredi 22 août 1572.
Coligny ce jour-là se dirigeait vers la rue de l’Arbre-Sec. À l’angle de cette rue et de la rue de Bétisy se trouvait l’hôtel de Ponthieu, sa demeure.
