Il était entouré de gentilshommes protestants.

L’un d’eux lui remet tout en marchant une lettre. Coligny se penche pour la lire et c’est à cet instant qu’éclatent des détonations. Le mouvement en avant de l’amiral lui a sauvé la vie. Le tueur avait visé la tête, mais Coligny n’est blessé qu’au bras gauche et il a l’index arraché.

On l’entraîne dans la rue de l’Arbre-Sec pour le mettre à l’abri.

On se précipite vers la maison d’où sont partis les coups de feu. On découvre une arquebuse encore brûlante au pied d’une fenêtre dont les volets sont entrouverts. On entend le galop d’un cheval. Le meurtrier – un certain Maurevert, spadassin au service du duc de Guise – vient de s’enfuir par l’arrière de la maison qui donne sur le cloître de l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois.

À quelques pas de la boutique d’antiquités de Maria de Ségovie, au n° 7 de la rue de l’Arbre-Sec.

Je me suis immobilisé devant la tête de christ d’une pâleur verdâtre.

Posée sur le tissu de soie rouge, elle paraissait baigner dans son sang. Mais le plus insoutenable, le plus émouvant, c’était le désespoir manifesté par ces paupières baissées, telles celles d’un cadavre dont, d’un geste lent, on a fermé les yeux.

À force de regarder ce visage, de scruter son expression, je compris que l’artiste n’avait pas voulu représenter la mort du Christ, mais un moment d’accablement.

Le Christ ferme les yeux pour ne pas voir ce que les hommes autour de lui accomplissent. Il s’aveugle délibérément, par miséricorde et compassion, afin de ne pas condamner les bourreaux, de ne pas avoir à choisir entre les crimes non plus qu’entre les meurtriers.



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