J’ai crié que si l’un des gardes esquivait le moindre geste j’égorgerais leur capitaine. J’en aurais le temps avant que d’être tué, n’est-ce pas ?

— Qu’on s’écarte ! a dit d’une voix étranglée Jean-Baptiste Colliard.

Les gardes ont reculé.

— Partons, a murmuré Michele Spriano.

J’ai hurlé qu’on nous amène nos chevaux et j’ai contraint le capitaine des gardes à me suivre jusqu’au pont. Denis nous y attendait avec les montures.

J’ai repoussé Jean-Baptiste Colliard, puis nous avons bondi en selle. Comme nous atteignions les derniers mètres du pont, il y a eu une arquebusade.

J’ai entendu le plomb siffler à mes oreilles et frapper les pierres. Puis il y a eu le cri sourd de Michele Spriano que j’ai vu se pencher sur l’encolure de son cheval, s’agrippant à sa crinière.

Le sang a commencé à tacher la robe fauve de sa monture.

Mais il a continué de galoper vers la forêt cependant que je criais de désespoir, jurant de me venger.

J’ai enfin pu arrêter le cheval de Michele Spriano qui ne portait plus qu’un mort.

Nous étions au milieu d’une clairière à l’extrémité de laquelle se dressait, sur une butte entourée de chênes, un calvaire. On – qui d’autre, sinon les huguenots ? – avait renversé la croix et brisé le socle.

Je me suis agenouillé au pied de l’un des chênes et, avec ma dague, puis avec une branche épointée comme un pieu, enfin à mains nues, j’ai creusé une fosse.

C’est long et douloureux de préparer, seul, la sépulture d’un homme.

J’ai enveloppé le corps de Michele Spriano dans son manteau, y cachant son visage, puis je l’ai déposé au fond du trou. Près de lui, enroulée dans une couverture, j’ai placé la tête du christ aux yeux clos.

Un jour, je reviendrai.

Vous m’en avez donné, Seigneur, à l’instant où je commençais à faire glisser la terre, la certitude.



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