
Je reviendrai au Castellaras de la Tour. Je bâtirai un tombeau pour Michele Spriano, dans notre chapelle. Je replacerai les statues de la Vierge et des saints dans les niches de la façade.
Et je déposerai sur l’autel l’étendard de damas rouge qui avait flotté à la poupe de la Marchesa, ainsi que la tête tranchée du christ.
J’ai tassé la terre à coups de bâton. Je devais rester le seul à connaître l’emplacement, car, ailleurs, on avait aussi profané des tombeaux.
J’ai reculé de quelques pas. Je reconnaîtrais ce chêne entre les mille arbres d’une forêt.
Puis j’ai attaché la bride du cheval de Spriano au pommeau de ma selle, et j’ai commencé à longer la rive de la Siagne.
J’avais cru, en apercevant les murailles du Castellaras de la Tour, que le temps de la paix était revenu pour moi.
Tout au contraire, je m’étais un peu plus enfoncé dans la forêt obscure.
Et le sang avait à nouveau coulé.
Il me fallait donc aller au bout de mon voyage et de ma guerre.
J’ai décidé de me rendre à Paris. Là devaient se trouver Guillaume de Thorenc et les autres chefs de la secte huguenote, au centre du royaume de Lucifer.
2.
Seigneur, j’ai traversé le royaume de France du Castellaras de la Tour jusqu’à la porte de Buci que j’ai franchie au début du mois de décembre de l’an de grâce 1571.
Des hommes de la prévôté de Paris m’ont fouillé, me demandant à qui j’appartenais, me dévisageant d’un air soupçonneux.
J’ai répondu que j’avais combattu les infidèles avec la Sainte Ligue, que nous avions vaincu la flotte du sultan et que je me rendais auprès d’Enguerrand de Mons, chevalier de Malte, ambassadeur de son ordre auprès du roi.
On m’a donné l’accolade.
Je n’étais pas l’un de ces fieffés huguenots qui louent des chambres dans tous les quartiers de Paris, y tiennent des conciliabules, cherchent à introduire dans la ville des armes courtes avec lesquelles ils pourront procéder à de rapides exécutions dans les logis ou les rues.
