Il fallait que je me méfie de tous les gentilshommes aux vêtements austères et à la large fraise : ce sont là des affidés de l’amiral de Coligny, des rebelles réformés, des séditieux amiralistes, des huguenots de guerre !

Je me suis éloigné, longeant le pré aux Clercs, croisant des hommes en armes, des gens du peuple, des bateliers, des portefaix, des femmes qui, malgré le froid vif, étaient bras nus. Ils gesticulaient autour d’une grande croix dressée sur une pyramide de pierre gardée par des soldats du roi.

J’ai mis pied à terre.

On m’a entouré. Étais-je un gentilhomme des Guises, les vrais défenseurs de la foi ?

J’ai opiné, écouté. On disait qu’il fallait empêcher que cette croix ne soit renversée et détruite comme le voulaient les huguenots. Dans le traité de paix de Saint-Germain le roi leur avait promis qu’aucun monument évoquant les guerres passées entre protestants et catholiques ne devrait rester en place. Or cette croix rappelait que trois huguenots, Philippe Gastine et son fils Richard ainsi que son gendre Nicolas Croquet, avaient été condamnés à mort et étranglés en place de Grève le 1er juillet 1560. Coligny et les huguenots exigeaient que cette croix fut abattue, ce qui serait un gage de paix conforme à la promesse du roi.

La foule autour de moi s’indignait : cette croix avait été élevée pour célébrer la victoire de Dieu et de Son Église catholique sur le Mal. L’abattre revenait à accepter que le Démon l’emporte, que la condamnation des hérétiques soit effacée.

Et un capucin juché sur une borne a récité :

L’air demande à les étouffer

La terre à les réduire en cendres

Le feu à les ardre et chauffer

……………………………………………

Ceux qui répandront leur sang

Pour cette cause juste et bonne



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