Sont assurés que Dieu leur donne

Plein pardon de tous leurs péchés

Et si nous pardonnons au moindre

Dieu nous exterminera tous…

Je me suis éloigné.

Je savais qu’Enguerrand de Mons logeait rue des Poulies, sur la rive droite de la Seine, non loin de l’hôtel de Bourbon. Quant à Diego de Sarmiento que, je l’avais appris à Pise, Philippe II venait de désigner pour le représenter auprès du roi de France, lui aussi habitait dans le quartier du Louvre, rue Saint-Honoré.

J’ai traversé la Seine, croisant sur le pont au Change un cortège d’hommes et de femmes qui chantaient : La Croix de Gastine est notre Croix / Qui touche à la Croix est sacrilège / Qui renverse la Croix est damné / La Croix de Gastine est notre Croix…

Était-ce cela, la paix entre protestants et catholiques ?

Je n’avais rencontré tout au long de ma route que suspicion, haine, désir de mort et de guerre.

J’avais eu le sentiment que le Christ était un corps livré à la folie des hommes qui prétendaient l’aimer et se le disputaient comme des chacals une proie, chacune des meutes arrachant un lambeau de chair, écartelant ainsi le Dieu dont elles se réclamaient.

Presque à chaque pas j’ai pensé au visage du christ aux yeux clos que j’avais enfoui au côté de la dépouille de Michele Spriano.

J’ai compris, Seigneur, Ta tristesse et peut-être même Ton désespoir !

Et alors que j’avais le dessein de venger Michele Spriano, que j’étais décidé à brandir le glaive contre ces hérétiques qui l’avaient tué, contre mon propre frère qui les avait stipendiés, armés, j’en venais à me demander, accablé, si être fidèle au Christ ce n’était pas d’abord chercher à unir tous ceux qui croyaient en lui et à conquérir les âmes qui ignoraient son enseignement, qu’il s’agisse d’infidèles ou de païens.

Mais tel n’était pas le but des humains sur cette terre.

À chaque fois que j’entrais dans un village ou une ville, je commençais par me demander au nom de quelle religion du Christ on allait me tuer.



13 из 223