M’égorgerait-on en célébrant le pape ? Me brûlerait-on en invoquant Calvin ?

Dans toute la région de Nîmes que j’avais parcourue sous un ciel aussi étincelant qu’une lame d’acier, les statues des saints et de la Vierge Marie gisaient, mutilées, fracassées, devant les églises dont les tympans sculptés avaient été brisés à coups de masse.

Parfois les clochers eux-mêmes avaient été renversés et gravats et poutres s’amoncelaient au milieu de la pauvre nef saccagée.

On m’entourait. On me menaçait.

Les hommes étaient tout en noir, la dague ou l’épée au côté, l’arquebuse à l’épaule, une large fraise empesée accentuant la sévérité de leurs traits.

Souvent en coiffe blanche, les femmes portaient des robes sombres au col boutonné jusqu’au menton.

Un bonnet plat et noir cachant ses cheveux, une longue tunique masquant son corps, le pasteur m’interrogeait.

Comme je l’avais déjà fait des années auparavant, je me servais de mon nom comme d’un bouclier. J’étais Bernard de Thorenc, le frère de Guillaume, l’un des proches de l’amiral de Coligny, et le fils de Louis, mort à Saint-Quentin en résistant aux Espagnols.

On se déridait. On me racontait comment on avait mis en déroute les papistes, saccagé les églises, tué moines et religieuses, ces âmes corrompues, ces êtres de vice et de mensonge, ces usurpateurs de la foi du Christ, ces vendeurs d’indulgences à la panse rebondie, ces maîtres de la débauche.

Je me dérobais lorsqu’ils me proposaient de participer à leur culte, d’écouter leurs prêches, leur lecture de la Bible.

Je laissais entendre que, chargé d’une mission, je devais rejoindre Paris au plus vite.

On me questionnait : était-il vrai que l’on préparait le mariage de Marguerite de Valois, la fille de la reine mère, la noire, l’empoisonneuse Catherine de Médicis, complice des Espagnols, et de Henri de Navarre-Bourbon, le prince de Béarn, fils de Jeanne d’Albret, la reine huguenote ?



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