
La dernière dépêche en polcod émanait de Bruxelles et disait :
Vérifié passage Pietr-le-Letton 2 heuresEtoile-du-Nord à Bruxelles compartiment désigné par Amsterdam.
Au mur, derrière le bureau, se déployait une carte immensedevant laquelle Maigret se campa, large et pesant, les deux mains dans lespoches, la pipe au coin de la bouche.
Son regard alla du point qui figurait Cracovie à cet autrepoint désignant le port de Brême, puis de là à Amsterdam et à Bruxelles.
Une fois encore, il regarda l’heure. Quatre heures vingt.L’Etoile-du-Nord devait rouler à cent dix à l’heure entre Saint-Quentin etCompiègne.
Pas d’arrêt à la frontière. Aucun ralentissement.
Dans la voiture 5, compartiment G. 263, Pietr-le-Lettonétait sans doute occupé à lire ou à regarder le paysage qui défilait.
Maigret se dirigea vers une porte qui s’ouvrait sur un placard,se lava les mains à une fontaine d’émail, passa un peigne dans ses cheveuxdrus, d’un châtain sombre, où se distinguaient à peine quelques fils blancsautour des tempes, puis rajusta tant bien que mal une cravate qu’il n’étaitjamais parvenu à nouer correctement.
On était en novembre. La nuit tombait. Par la fenêtre, ilaperçut un bras de la Seine, la place Saint-Michel, un bateau-lavoir, le toutdans une ombre bleue qu’étoilaient les uns après les autres les becs de gaz.
Il ouvrit un tiroir, parcourut des yeux une dépêche du Bureauinternational d’identification de Copenhague.
Sûreté Paris.
Pietr-le-Letton 32 169 01512 0224 0255 0273203116 03233 03243 03325 03415 03522 04115 04144 04147 05221… etc.
Cette fois, il se donna la peine de traduire à voix haute,et même de répéter à plusieurs reprises, comme un écolier qui récite uneleçon :
