
« Tempête sur la Manche ».
Et une femme, dont le fils s’embarquait pour Folkestone,montrait un visage bouleversé, des yeux rouges. Jusqu’au dernier moment, ellelui fit des recommandations. Gêné, il dut promettre de ne pas rester un instantsur le pont du bateau.
Maigret était debout près du quai 11, où la foule attendaitl’Etoile-du-Nord. Tous les grands hôtels, sans compter l’Agence Cook, étaientreprésentés.
Il ne bougeait pas. D’autres s’énervaient. Une jeune femme,emmitouflée de vison, les jambes, par contre, gainées de soie invisible, allaitet venait en martelant le sol de ses talons.
Lui restait là, énorme, avec ses épaules impressionnantesqui dessinaient une grande ombre. On le bousculait et il n’oscillait pas plusqu’un mur.
La lumière jaune du train pointa au loin. Puis ce fut levacarme, les cris des porteurs, le piétinement laborieux des voyageurs vers lasortie.
Il en défila deux cents avant que le regard de Maigret cueillîtdans le flot un petit homme vêtu d’un manteau de voyage vert à grands carreaux,dont la coupe comme la couleur étaient de style nettement nordique.
L’homme ne se pressait pas. Il était suivi de troisporteurs. Le représentant d’un palace des Champs-Elysées lui frayait obséquieusementun passage.
« Age apparent 32, taille 169… sinus du nez… »
Maigret ne s’agita pas. Il visa l’oreille. Cela lui suffit.L’homme en vert passa très près de lui. Un des porteurs heurta le commissaired’une de ses valises.
Au même instant, un employé du train se mettait à courir,lançait quelques mots en hâte à son collègue qui se tenait au bout du quai,près de la chaîne permettant de barrer le passage.
Cette chaîne fut tirée. Des protestations éclatèrent.L’homme en manteau de voyage était déjà à la porte.
Le commissaire fumait, par petites bouffées précipitées.
Il s’approcha du fonctionnaire qui avait tendu la chaîne.
— Police ! Qu’est-ce que c’est ?
