
— Il dégringole quelque chose, hein ? lança Paulo.
Après un léger silence il ajouta, comme se parlant à lui-même :
— Dans un sens, ça vaut mieux.
— Pourquoi ? demanda âprement Lisa avec une brusque volte-face.
— Parce que les flics n’aiment pas le mauvais temps.
— Oh ! les flics allemands, vous savez…
— Justement, dit Paulo, aujourd’hui ils portent leurs longs cirés noirs ; ça les gênera pour courir.
Il réfléchit et ajouta :
— De toute façon, les Allemands courent mal. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué : ils ont le derrière carré.
Lisa n’eut même pas un sourire. Tout était mort en elle, sauf cet espoir fou qu’elle portait comme un enfant. Elle se sentait grise et froide comme le morne horizon étalé à ses pieds. Elle était de fer et de béton elle aussi, plus dure et plus glacée peut-être que le fer et le béton. Paulo le devinait. Son admiration pour Lisa se teintait de pitié. Il regarda le journal allemand d’un œil excédé. Il trouvait les dessins mauvais et s’irritait de ne pas comprendre leurs légendes.
— Qu’est-ce que ça veut dire, bis morgen ? demanda-t-il.
— À demain, traduisit Lisa. Pourquoi ?
— Pour rien, soupira Paulo en lâchant le journal. Sous le dernier dessin il y avait écrit bis morgen et je me demandais ce que ça signifiait. Ces trucs-là sont aussi ballots en Allemagne que chez nous.
Elle marcha brusquement sur lui avec une détermination qui l’inquiéta. D’un geste brusque elle releva la manche de Paulo pour dégager la montre du petit homme. Paulo comprit et arrondit le bras pour lui faciliter la lecture du cadran. Lisa regarda l’heure et il y eut soudain comme un trait d’ombre dans ses yeux. Elle lâcha le poignet de Paulo et s’en fut s’asseoir sur l’une des banquettes crevées. Paulo la rejoignit et lui mit gentiment la main sur l’épaule.
— Essayez de penser à autre chose, conseilla-t-il.
