
— C’est joli toutes ces lampes à souder, apprécia Paulo. Ça me fait penser au Palais des Sports. On voit plein de lueurs d’allumettes dans l’ombre. C’est pas croyable, le nombre de gens qui peuvent fumer. Les cigarettes qui s’éteignent, les cigarettes qui s’allument, c’est comme la vie dans le monde, non ? Enfin, moi je trouve…
Comme elle restait enfermée au fond d’elle-même, farouche et crispée, il poursuivit, en s’efforçant de donner à ses paroles l’aimable chaleur de la banalité :
— On y fabrique quoi, dans ce chantier ? Des bateaux, bien sûr ?
— Bien sûr, fit Lisa de sa voix impitoyable à force d’indifférence.
— Dites donc, celui qui est en cours, ça doit être un drôle de morceau ?
— Ce sera un pétrolier. Je l’ai vu commencer au début de l’année.
Encouragé, Paulo ôta sa cigarette de ses lèvres et regarda faiblir le bout incandescent.
— Dans le fond, dit-il, le travail c’est beau. Seulement il faut le voir d’en haut, comme nous en ce moment. Moi, si je pouvais fabriquer un pétrolier tout seul, peut-être que je travaillerais… Mais le soudeur, avec ses lunettes noires et son arc, vous croyez qu’il a l’impression de fabriquer un pétrolier, lui ?
Lisa soupira :
— Vous m’ennuyez, Paulo. Je n’ai pas envie de parler.
Elle secoua tristement la tête et ajouta :
— Ni d’entendre parler. Je suis avec Frank, vous comprenez ?
— Et moi, alors ! s’emporta le petit homme en crachant son mégot. Vous pensez sérieusement que ça m’amuse de causer ?
Elle prit conscience de son injustice et tendit la main vers lui dans un geste furtif d’imploration.
— Pardon, murmura Lisa, je suis méchante.
Paulo haussa les épaules.
— Non, ça ne m’amuse pas, poursuivit-il. Ça ne m’amuse pas, Lisa. Moi aussi je suis avec Frank.
