Justement, Jack avait dîné avec lui la semaine précédente, au Lotus d’Or, dans la rue Grant, où l’on mangeait le meilleur canard fumé du Se-Tchouen.

Ils se voyaient régulièrement une fois par mois, environ. Pour Jack, c’était une occasion de parler de la Chine, d’évoquer les souvenirs de sa vie aventureuse, avec quelqu’un qui avait vécu de la même façon que lui.

Fu-Chaw venait souvent à San Francisco, pour ses affaires. Mais Jack Links le questionnait peu. Ils parlaient rarement « boutique » et évoquaient plutôt les pulpeuses créatures du « Dragon Joyeux » de Tchoung-king en 1944.

À leur dernière rencontre, Jack avait fait une exception à la règle. Parce que c’était quelque chose qui amuserait Fu-Chaw.

— On ne me considère pas encore comme un vieux gâteux, lui avait-il fait remarquer. Un correspondant local de la C.I.A. m’a apporté un travail demandant de hautes capacités : il s’agit de traduire du chinois un texte codé sur lequel tout le monde s’est cassé les dents. Si j’y arrive, je pourrai changer de voiture.

Fu-Chaw avait levé un instant ses lourdes paupières. Tout ce qui était chinois l’intéressait. Il avait posé quelques questions à Jack Links qui l’avait renseigné de son mieux. Il s’agissait d’un texte certainement codé d’une façon « artisanale ». Il avait résisté aux efforts des meilleurs sinologues de la C.I.A. On avait fait appel à Jack Links parce qu’en plus de ses connaissances parfaites de la langue mandarine, il avait vécu assez longtemps en Extrême-Orient pour être au courant de certains langages secrets et peu usités.



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