— Même si j’y arrive, j’en ai pour un mois ou deux, avait conclu Jack.

L’œil de Fu-Chaw avait eu un éclair rapide et il avait fait remarquer :

— Je crois qu’il s’agit d’une affaire dont je me suis occupé moi-même il y a quelques mois, également sur la demande de la C.I.A. La traduction que j’en avais fait faire n’a pas dû paraître suffisante. Je vous souhaite sincèrement de faire mieux.

Jack le sentit vexé et l’assura que ses modestes connaissances ne suffiraient certainement pas.

Ils se replongèrent d’un commun accord dans le porc découpé en petits cubes.

L’enveloppe contenant le texte était toujours dans le bureau de Jack. Il avait préféré profiter des premiers beaux jours et avait appris en Orient que le temps comptait moins qu’on ne le pensait.

Il descendit Park Presidio Boulevard, pris dans une file de voitures, passant la grande flaque pompeusement appelée Mountain Lake et tourna à droite dans California Street, interminable et vallonnée. Au bout il y avait Chinatown. Attendri, il suivit un moment un petit tramway à câbles qui grimpait Nob Hill en bringuebalant. Les pieds dans le vide, des couples d’amoureux s’embrassaient sur les banquettes transversales.

Grant Street, la rue principale de Chinatown, ruisselait de néons en caractères chinois et anglais. Devant un cinéma un gamin, d’une voix aiguë, vendait des journaux chinois.

Jack gara sa Plymouth presque en face de la teinturerie Chong.

La boutique était déserte, et Jack en fut un peu surpris. D’habitude, c’était une cohue aimable et piaillante. Chong repassait derrière le comptoir. Il lâcha son fer pour s’incliner devant Jack et ils échangèrent leurs saluts rituels. Les yeux baissés, Chong assura Jack qu’il priait jour et nuit pour que les Sept Félicités comblent tous ses vœux. L’Américain n’en demandait pas tant.

— Tu n’as pas vendu mon complet pour t’acheter une pipe, vieille canaille ? interrogea-t-il.



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