Chong découvrit des dents encore plus jaunes que sa peau, repoussant avec horreur une telle éventualité et disparut dans l’arrière-boutique.

Il ressortit, tenant solennellement à bout de bras le costume de shantung gris de Jack. Le tissu était brillant et bien repassé.

Jack entra dans la minuscule cabine de déshabillage qui servait de salle d’attente à ceux qui n’avaient qu’un seul costume et il se changea rapidement. Le vêtement qu’il enfila sentait le propre et semblait avoir été parfumé avec une de ces essences dont les Chinois ont le secret. Délicate attention, pensa Jack.

— On va se prendre un chop-suey

Chong secoua la tête.

— J’ai encore beaucoup de repassage, protesta-t-il. Et j’attends un ami.

— Ah bon, fit Jack, déçu.

Il n’aimait pas dîner seul. Chong lui racontait tous les petits potins du quartier et ça le distrayait. Mais le Chinois devait avoir envie d’une pipe d’opium dans la fumerie qui se trouvait au-dessus de la boutique de fruits.

— À la semaine prochaine, alors, dit-il.

— Hé, monsieur Jack !

Il se retourna. Chong le regardait, l’air gêné.

— Oui ?

— Ça fait 1 dollar 50.

Jack fronça les sourcils. C’était bien la première fois que Chong lui réclamait de l’argent. Il réglait quand il en avait envie et d’ailleurs il avait payé son arriéré la dernière fois.

— Je suis fauché, expliqua Chong avec un sourire triste. J’ai perdu au Mah-jong.

— Tu veux que je te prête 20 dollars ?

Jack avait déjà la main dans la poche. Mais Chong agita ses petits doigts fébrilement.

— Non, non, je ne saurais comment vous les rendre…

Agréablement surpris par ces scrupules, Jack tendit un billet de cinq dollars.

Chong fit tinter son tiroir-caisse et rendit la monnaie à Jack. Celui-ci enfourna les billets pliés dans sa poche et le salua.



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