
Le disque ne défonça pas leur maison. Il s'y enlisa, comme dans l'argile, en pénétrant dans son milieu, en éventrant le plancher, en se figeant toujours debout.
L'homme, posté à une centaine de mètres de la maison, se jeta en direction de la crête, menaça quelqu'un de ses poings levés, lança un juron. Puis, d'un pas d'automate, alla vers leur gîte qui semblait encore vibrer, muet, du choc reçu. La mère, plus près de la porte, n'avança pas, mais se laissa tomber à genoux et cacha son visage dans ses mains. Le silence était revenu à son essence première – à la pureté tranchante des sommets dans le ciel encore ample de lumière. On n'entendait plus que le pas heurté de l'homme. Et l'on croyait entendre la densité du murmure intérieur de l'inconnaissable prière que disait la femme…
En pénétrant dans la pièce, ils virent le disque de granit, plus massif encore sous ce plafond bas, encastré entre les planches profondément labourées. Le berceau de l'enfant suspendu au milieu de la pièce (on avait peur des serpents) avait été frôlé et se balançait doucement. Mais les attaches avaient résisté. Et l'enfant ne s'était pas réveillé… La mère le serra contre elle, encore incrédule, puis se laissa convaincre, l'écouta vivre. Quand elle leva les yeux, le père vit dans son regard la trace d'un effroi qui ne concernait plus la vie de l'enfant. C'était l'écho de sa terrible prière, de son vœu, de l'inhumain sacrifice qu'elle avait consenti d'avance à celui qui allait repousser la mort. Le père ne connaissait pas le nom de ce dieu ténébreux et vigilant, il croyait au destin ou tout simplement au hasard.
