
C'est dans la nuit, après la traversée du petit pont suspendu, que les mots l'agressent, le forcent à comprendre. Il comprend que ce qui manquait aux maisons du village où ils viennent de voir «les gens», c'était le grand disque de pierre. Ces maisons étaient vides, leurs portes bâillaient et aucun éclat de mica ne brillait dans la pénombre de leurs pièces. Soudain, un doute surgit: et si la maison n'avait pas besoin de ce roc gris en son milieu? Et si leur maison n'était pas une vraie maison? Les conversations des adultes qu'il gardait dans sa mémoire comme une simple cadence se hérissent de mots. Il comprend, par bribes, ces paroles retenues malgré lui. L'histoire de la pierre, de son apparition, de sa force… Ils en parlaient souvent. Donc, tout cela n'aurait pas dû être: même ce geste de la mère qui, le soir, fixait une bougie dans cette longue fissure sur la tranche du roc.
La vie de sa famille lui paraît tout à coup très fragile face à ce monde menaçant où les maisons se passent de disque de granit et où les habitants, portant tous des bottes noires, disparaissent dans une rue qui ne finit nulle part.
