
Topesh avait souvent entendu parler de l’organisation du Labyrinthe, mais n’avait qu’une idée assez vague du principe de fonctionnement de cette œuvre du génie humain.
Il savait que le Labyrinthe englobait toute la ville géante, la mégalopole, en expansion aussi bien en largeur et en hauteur qu’en profondeur. Les étages interminables des bâtiments perçaient les nuages, plongeaient à des lieues sous la terre, et partout passaient les couloirs du Labyrinthe. Ce dernier était équipé d’analyseurs électroniques sensibles, lesquels, pendant que l’homme circulait dans les couloirs, devaient définir ses penchants, ses capacités, dont il ne soupçonnait pas parfois l’existence, ses habitudes, bref, tout ce qui compose la personnalité de l’individu. Par conséquent, le Labyrinthe déterminait quel poste précis l’homme qui venait de passer par l’épreuve pouvait occuper pour se rendre utile à ses concitoyens.
Il est inutile de préciser que les verdicts du Labyrinthe étaient sans appel.
En somme, tout ce que Topesh avait entendu de la bouche d’un vieil opérateur portuaire sur le Labyrinthe et qu’il se rappelait pendant que ses amis congratulaient bruyamment Orth pour son gain, était assez compliqué. Topesh avait bien saisi l’essentiel : l’entrée au Labyrinthe coûte cher. Quiconque n’en a pas les moyens végète dans le port, n’est que la lie de la ville, comme se plaît à le répéter Léon.
Le seul homme au port à avoir traversé le Labyrinthe était l’opérateur, un vieillard flétri, qui restait jour et nuit au poste de commande du port. Il possédait le don surprenant d’enregistrer mentalement et de coordonner des milliers d’opérations de levage, surpassant n’importe quel ordinateur. On dit qu’avant de se faire désigner comme chef du port par le Labyrinthe, il n’avait pas la moindre idée de sa vocation et proposait dans les fêtes foraines des manipulations avec les nombres à six chiffres. Du reste, ce n’étaient là, peut-être, que des affabulations, car, pour se faire forain, il fallait aussi passer par le Labyrinthe.
