
En ce qui concernait le vieil opérateur, il n’aimait pas évoquer son passé et personne n’osait le questionner là-dessus, pas même le téméraire Orth.
L’entrée la plus proche du Labyrinthe se trouvait à proximité de l’entrepôt.
Pourtant, Orth ne bougeait pas.
— Dépêche-toi, Orth ! C’est bientôt la sirène, dit Léon.
Orth, soudainement, leva haut son ticket.
— Qui veut éprouver le sort ? lança-t-il. Qui veut aller au Labyrinthe à ma place ?
Il regarda tout le monde, et ceux qu’il fixait se détournaient ou baissaient la tête.
« Pourquoi refusent-ils leur bonheur ? pensa Orth. Sont-ils trop abrutis ? Ils ne veulent pas braver le sort ? Craignent-ils d’irriter la fortune qui m’a souri ? »
— Non, Orth. Le sort est juste. C’est toi qui dois aller au Labyrinthe, dit sévèrement Léon.
— Nous t’aimons bien, Orth, et te souhaitons du bonheur, ajouta quelqu’un dans la foule.
— Tu iras dans le monde et parleras du port, tu parleras de nous à ceux qui vivent aux autres niveaux, dit la jeune femme avec l’enfant dans les bras.
— Seulement, ne nous oublie pas, prononça Lucinda, mais sa faible voix fut couverte par le brouhaha de la foule.
Léon en tête, avec à ses côtés le morose Orth, la foule quitta l’ombre et sortit au soleil.
La porte de fer déclive paraissait incrustée dans la petite colline couverte de bruyères. Pas étonnant, car elle s’était ouverte la dernière fois il y a près d’un demi-siècle pour laisser sortir un jeune ingénieur portant un frivole nœud papillon : le Labyrinthe l’envoyait occuper le poste d’opérateur principal du port.
Topesh s’efforcait de rester près de Lucinda. « Peut-être, serais-je finalement gagnant », songeait-il en triturant toujours entre ses fortes mains la ceinture de cuir sans quitter du regard le profil triste de la jeune fille.
