Inutile d’énumérer toutes les variantes que l’on entendait dans les antichambres. Ce n’était pas la première fois que de telles rumeurs circulaient. Mais, actuellement, elles semblaient prendre plus de consistance, et tous les esprits altérés d’expansionnisme, qui fleurissent sur la guerre et dépérissent dans les époques de stabilité prolongée, ne se tenaient plus de joie.

Bail Channis était l’un d’eux. Cette mystérieuse Seconde Fondation ne lui causait aucune crainte. Il ne redoutait pas davantage le Mulet et en tirait vanité. Certains, peut-être, qu’irritait un homme à la fois aussi jeune et aussi lancé, attendaient dans l’ombre le moment propice d’une revanche sur ce galant cavalier des dames de joyeuse vie, qui prenait ouvertement l’apparence physique du Mulet et sa claustration volontaire pour cible de ses sarcasmes. Mais nul ne se serait risqué à l’imiter, et bien peu osaient rire de ses plaisanteries. Et sa réputation se renforçait dans la mesure où son audace demeurait impunie.

Channis improvisait des paroles sur l’air qu’il fredonnait. Paroles dénuées de sens, dont le refrain était invariablement : « La Seconde Fondation menace la Nation et toute la Création. »

Il arrivait au palais.

La porte gigantesque et lisse s’ouvrit majestueusement à son approche et il fit son entrée. Il prit pied sur la large rampe mécanique qui s’élevait sous ses pas. L’ascenseur l’enleva dans une course rapide et silencieuse. Il se trouva devant la petite porte discrète qui commandait le cabinet particulier du Mulet, dans la plus resplendissante de toutes les tours du palais.

Elle s’ouvrit…


L’homme qui n’avait d’autre nom que le Mulet, ni d’autre titre que celui de « Premier Citoyen », jeta un regard à travers le mur dont la transparence à sens unique lui découvrait la cité légère et aérienne qui s’étendait à l’horizon.

Dans le crépuscule qui allait s’épaississant, apparaissaient les unes après les autres les étoiles, dont toutes, à l’exception d’une seule, lui devaient allégeance.



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