« C’est moi qui l’ai fait, vous savez. Ils disaient tous qu’on ne pouvait pas faire un bourdon en métal, qu’il fallait du bois, mais ils avaient tort. J’ai mis beaucoup de moi-même dedans. Je le lui donnerai. »

Il fit amoureusement courir ses mains sur son œuvre qui émit une modulation légère.

Il répéta, presque pour lui seul : « J’ai mis beaucoup de moi-même dedans.

— C’EST UN BON BOURDON », dit la Mort.

Ipslore le brandit en l’air et baissa les yeux sur son huitième fils qui gazouilla.

« Elle voulait une fille », dit-il.

La Mort haussa les épaules. Ipslore lui lança un regard où se mêlaient l’ahurissement et la rage.

« Qu’est-ce qu’il a de spécial ?

— C’EST LE HUITIÈME FILS D’UN HUITIÈME FILS D’UN HUITIÈME FILS », répondit inutilement la Mort. Le vent faisait claquer sa robe, poussait les nuages noirs dans le ciel.

« C’est-à-dire ?

— UN SOURCELIER, TU LE SAIS BIEN. »

Le tonnerre gronda, comme pour lui donner la réplique.

« C’est quoi, sa destinée ? » cria Ipslore par-dessus la tempête qui se levait.

La Mort haussa encore les épaules. Un mouvement qu’il exécutait bien.

« LES SOURCELIERS FORGENT LEUR PROPRE DESTINÉE. ILS TOUCHENT À PEINE TERRE, ILS L’EFFLEURENT. »

Ipslore s’appuya sur le bourdon, tambourina des doigts dessus, comme perdu dans le dédale de ses pensées. Son sourcil gauche se contracta.

« Non, dit-il doucement, non. C’est moi qui vais la lui forger, sa destinée.

— JE TE LE DÉCONSEILLE.

— Taisez-vous ! Et écoutez ce que je vous dis : ils m’ont chassé, avec leurs livres, leurs rituels et leur Tradition ! Ils se prétendaient mages, et ils avaient moins de magie dans tout leur corps plein de graisse que moi dans mon petit doigt ! Banni ! Moi ! Pour avoir montré que j’étais humain ! Qu’est-ce qu’ils seraient, les humains, sans amour ?



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