
Je la connaissais depuis assez longtemps pour savoir toutça. Et pourtant je ne pouvais m’empêcher de déchanter chaque fois que je lavoyais, avec tant de vitesse et de facilité, abandonner le monde de l’extasepour replonger dans le quotidien. J’eus bien du mal à calmer les frissons etles tremblements qui m’agitaient. Perdu dans mes rêveries, je regardai avecregret ses courbes si désirables se fondre dans la combinaison stricte que nousportions à bord. Elle, en revanche, paraissait déjà totalement ailleurs,peut-être au poste de commande de son radiotélescope ou occupée à méditer surles théories cosmologiques les plus révolutionnaires.
— Il ne faut pas que nous soyons en retard, Leonard-san,me rappela-t-elle doucement. Le commandant est très inquiet au sujet de toutesces pannes qui ont paralysé le système de transfert d’énergie ces dernierstemps.
Une manière délicate de m’inviter à redescendre sur terre età suivre son exemple en me rhabillant. Je m’exécutai hâtivement. Pendant cetemps, elle coupa le chauffage, ramena ses longs cheveux en arrière et lesattacha avec un élastique.
Bien sûr, nos petites escapades à l’heure du berger n’étaientun mystère pour personne. Mais la façon que nous eûmes d’ouvrir la porte duréduit à linge pour vérifier que la voie était libre nous donnait franchement l’airde deux conspirateurs. Nous longeâmes le couloir en faisant de grands moulinetsavec les bras, et je me tins un peu en retrait pour pouvoir admirer Yoshiko.Une fois encore, il me faudrait plusieurs jours avant d’accepter l’évidence :au fond, je ne représentais rien pour elle.
Je tombe toujours amoureux des femmes avec lesquelles jecouche. Dans cet ordre. Peut-être est-ce justement là le problème.
CHAPITRE II
