LORSQUE nous arrivâmes sur le pont supérieur, il y régnaitune tension palpable. Contrairement à d’habitude, les regards qu’on nous lançan’avaient rien d’entendu ni même de désobligeant, ils marquaient juste uneprofonde impatience. Le commandant se contenta de jeter ostensiblement un coupd’œil sur l’horloge de mission, comme on l’appelait. Ses grands chiffres rougesn’indiquaient pas l’heure qu’il était : ils marquaient le compte à reboursjusqu’à la prochaine manœuvre. En l’occurrence, ils exprimaient le temps qu’ilnous restait jusqu’au début du contact. Cinq minutes.

Nous regagnâmes nos places en silence. En apesanteur, on nes’assoit évidemment pas sur des chaises, cela n’aurait aucun sens. Sur le sol,devant chaque pupitre, se trouvait un nœud coulant dans lequel on devait passerles pieds. On accrochait ensuite les mousquetons, reliés à la combinaison pardes cordons élastiques, dans les anneaux adéquats, et on pouvait ainsi seconcentrer pleinement sur son travail sans risquer de se mettre à flotter à lamoindre seconde d’inattention. J’avais reçu pour mission de surveiller lestémoins de flux d’énergie. Je parcourus du regard la forêt d’instruments decontrôle qui me faisait face. Je tirai de ma poche la fiche d’évaluation que j’avaispréparée et je la fixai sur ma table de commande grâce à un petit aimant. J’assuraisl’intérim car, cette fois, Taka Iwabuchi, responsable de la section énergiesolaire, était resté sur le pont inférieur, au niveau de la salle des machines,pour contrôler le bon fonctionnement des systèmes automatiques. Je devraisplutôt dire leur non-fonctionnement. Car depuis deux mois les pannes necessaient de paralyser le mécanisme de transfert énergétique.

Encore trois minutes.

Yoshiko avait pris place au poste d’observation pointé surla Terre. Je risquai furtivement un regard de côté. Tout à son affaire, elle



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