tournait des commutateurs, pressait des boutons, comme si rien ne s’étaitpassé. Mais un regard furieux de Moriyama, notre commandant, me rappela à l’ordreet je me remis immédiatement au travail. Si seulement les inscriptions enjaponais avaient été un peu plus petites et celles en anglais un peu plusgrosses, et surtout moins incomplètes ! En dépit de toutes les annéespassées au service de l’astronautique japonaise, j’avais toujours autant de malà lire cette langue. D’accord, j’arrivais tant bien que mal à déchiffrer lejournal de Tokyo qu’on nous faxait quotidiennement, mais la seule une medemandait autant de temps que j’en mettais autrefois pour éplucher l’ensembledu New York Times.

Encore deux minutes.

— Hawaii, ici station spatiale Nippon. Répondez,s’il vous plaît.

C’était Sakai, l’opérateur en charge des transmissionsradio, des transferts de données et des communications en général. Un typetaciturne sans le moindre humour et plutôt désagréable. Je ne l’avais jamais vudiscuter plus de deux minutes avec aucun des membres de l’équipage. S’il avaitchoisi de faire de la communication son métier, c’est sans doute parce qu’il enétait parfaitement incapable à titre privé. Et le fait qu’il parlait courammentanglais n’y changeait rien.

Une voix se fit entendre dans le haut-parleur :

— Nippon, ici Hawaii. Nous vous avons localisés.

— Hawaii, nous serons parés pour recevoir votre rayonde guidage dans… (il consulta l’horloge de mission) une minute et quarantesecondes.

— Bien reçu. Synchronisation assurée.

Un rire goguenard vint saluer cette dernière déclaration.Son auteur : James Prasad Jayakar, notre spécialiste en informatique. À sapropre demande, l’ensemble de l’équipage l’appelait simplement Jay. Fils d’unphysicien indien et d’une cybernéticienne anglaise, il arrivait en droite lignede Cambridge où on l’avait acheté à prix d’or. Si vous ne vous laissiez pasrebuter par le côté plutôt… « original » du personnage, c’étaitquelqu’un avec qui il était facile de s’entendre. Et quand on pensait qu’ileffectuait là son premier séjour dans l’espace (il avait débarqué à bord quatremois auparavant, par l’avant-dernière navette), il s’en sortait étonnammentbien.



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