Sa mâchoire se crispa et il se passa furieusement les doigts dans sa chevelure brune. Avant de gâcher ainsi son temps à se lamenter sur son sort, il devait retrouver la Terre. S’il survivait à la quête, il aurait tout le loisir de s’asseoir et de pleurnicher. Et peut-être même alors de meilleures raisons pour le faire.

Puis, avec flegme et détermination, il se remémora…

Trois mois auparavant, accompagné de Janov Pelorat, ce lettré aussi capable que naïf, il avait quitté Terminus. Pelorat avait été mû par son enthousiasme de chercheur à dénicher le site d’une Terre depuis longtemps perdue, et Trevize lui avait emboîté le pas, utilisant le but de Pelorat comme couverture pour ce qu’il estimait être son véritable objectif. S’ils n’avaient pas découvert la Terre, ils avaient découvert Gaïa, et Trevize s’était retrouvé forcé de prendre sa fatidique décision.

Et à présent c’était lui, Trevize, qui avait fait volte-face – tourné casaque – pour se mettre en quête de la Terre.

Quant à Pelorat, il avait lui aussi rencontré quelque chose d’inattendu : il avait rencontré Joie, la jeune femme aux cheveux bruns, aux yeux noirs, qui était Gaïa, au même titre que l’était Dom – et le plus infime grain de sable ou brin d’herbe. Avec cette ardeur particulière à la fin de l’âge mûr, Pelorat était tombé amoureux d’une femme même pas de moitié plus jeune que lui et la jeune femme, assez bizarrement, semblait s’en satisfaire.

Cela paraissait bizarre – mais Pelorat était certainement heureux et Trevize se dit, avec résignation, que chaque homme ou femme devait trouver son bonheur à sa manière. C’était l’avantage de l’individualité – cette individualité que Trevize, de par son choix, allait abolir (le temps venu) dans toute la Galaxie.

La souffrance revint. Cette décision qu’il avait prise, qu’il devait prendre, continuait de le tourmenter à chaque instant et…



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